
« Je peux le rattraper, dit-elle. Qu’est-ce que t’en penses ? »
Mémé refusa de la tête. Elle s’assit sur un rocher et regarda l’enfant dans ses bras. C’était un garçon, âgé de deux ans au plus, et tout nu sous la couverture. Elle le berça distraitement, les yeux dans le vide.
Nounou Ogg examina les deux cadavres avec l’air de celle à qui la toilette des morts ne fait pas peur.
« C’étaient peut-être des bandits », dit Magrat d’une voix tremblotante.
Nounou secoua la tête.
« Bizarre, fit-elle. Ils portent tous les deux le même emblème. Deux ours sur un bouclier noir et or. Quelqu’un sait ce que ça veut dire ?
— C’est l’emblème du roi Vérence, dit Magrat.
— Qui c’est ? demanda Mémé Ciredutemps.
— Il gouverne le pays, répondit Magrat.
— Oh. Ce roi-là, fit Mémé comme si le sujet ne valait pas qu’on s’y attarde.
— Des soldats qui se battent entre eux. Ç’a pas de sens, dit Nounou Ogg. Magrat, va donc regarder dans la voiture. »
La benjamine des sorcières fourragea dans la carrosserie et revint avec un sac. Elle le retourna et quelque chose tomba par terre avec un bruit sourd.
La tempête était allée gronder sur l’autre versant de la montagne à présent, et la lune annonciatrice de pluie répandait un fin gruau de lumière sur la lande humide. Elle se reflétait aussi sur ce qui était, sans le moindre doute, une couronne extrêmement importante.
« C’est une couronne, dit Magrat. Y a plein de bouts pointus dessus.
— Oh, bon sang », fit Mémé.
L’enfant gazouilla dans son sommeil. Mémé Ciredutemps désapprouvait que l’on regarde dans l’avenir, mais elle sentait maintenant l’avenir qui la regardait, elle.
Et elle n’aimait pas son expression, à l’avenir.
* * *
Le roi Vérence, lui, regardait le passé et partageait en gros le même point de vue.
« Vous me voyez ? demanda-t-il.
