La magie, à la manière d’une colle, maintient le Disque assemblé – une magie née de la rotation du monde lui-même, une magie dévidée comme de la soie de la structure fondamentale de l’existence pour suturer les plaies de la réalité.

On la retrouve en grande partie dans les montagnes du Bélier, lesquelles partent des terres glacées près du Moyeu pour arriver, via un archipel tout en longueur, aux mers chaudes qui se déversent éternellement dans l’espace par-dessus Bord.

La magie brute crépite, invisible, de sommet en sommet et s’enfouit dans les montagnes. C’est le Bélier qui fournit au monde la plupart de ses sorcières et de ses mages. Dans ces montagnes les feuilles des arbres s’agitent même en l’absence de vent. Les rochers font leur petite promenade du soir.

Parfois, même le pays a l’air de vivre…


* * *

Parfois, le ciel aussi.

La tempête se donnait vraiment à fond. C’était l’occasion ou jamais. Elle avait passé des années à moisir en province, à jouer les secondes rafales, à se rôder, à prendre des contacts, de temps en temps à faire une entrée fracassante devant des bergers sans méfiance ou à brûler les planches d’une malheureuse baraque. Voilà qu’une relâche dans la météo lui offrait la chance de tenir la vedette, et elle en rajoutait dans son rôle avec l’espoir qu’un gros climat la remarque.

C’était une bonne tempête. Elle projetait son feu intérieur, elle s’exprimait avec passion, et les critiques le reconnurent : pour peu qu’elle apprenne à mieux maîtriser son tonnerre, ce serait, d’ici quelques années, une tempête à suivre.



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