
Les bois éclatèrent en applaudissements, se remplirent de brumes et de feuilles volantes.
En de pareilles nuits, les dieux, comme précédemment signalé, jouent à autre chose qu’aux échecs avec les destinées humaines et les trônes royaux. Il est important de se rappeler qu’ils trichent toujours, jusqu’au bout…
Et un carrosse roulait à tombeau ouvert sur la piste forestière accidentée ; il tressautait violemment chaque fois que les roues rebondissaient sur des racines d’arbres. Le cocher excitait son équipage, et les claquements de son fouet composaient un joli contrepoint aux grondements de la tempête.
Derrière – pas loin, pour ne pas dire de plus en plus près – galopaient trois cavaliers encapuchonnés.
En de pareilles nuits s’accomplissent les mauvaises actions. Les bonnes aussi, c’est entendu. Mais surtout les mauvaises, dans l’ensemble.
* * *
En de pareilles nuits, les sorcières sont de sortie. Enfin, de sortie, d’accord, mais pas n’importe où, pas à l’étranger. Elles n’aiment pas ce qu’on y mange, on ne peut pas se fier à l’eau et les chamans monopolisent tout le temps les transats. Mais une pleine lune bataillait contre les nuages loqueteux, et les bourrasques pleines de murmures sentaient la magie à plein nez.
Dans leur clairière au-dessus de la forêt les sorcières tenaient la discussion suivante :
« Mardi, moi, je fais du babysitting, dit celle qui n’avait pas de chapeau mais une crinière de boucles blanches si épaisse qu’on aurait dit un casque. Je garde le petit dernier de mon Jason. Vendredi, j’peux. Dépêche-toi avec le thé, mignonne. Je meurs de soif. »
La plus jeune membre du trio poussa un soupir et transvasa à la louche un peu d’eau bouillante du chaudron dans la théière.
La troisième sorcière lui tapota gentiment la main.
« Tu l’as bien dit, fit-elle. Faut juste que tu travailles un peu plus tes aigus. Pas vrai, Nounou Ogg ?
