
Magrat servit consciencieusement trois bonnes cuillerées. Ce serait agréable, songeait-elle avec mélancolie, qu’on lui dise merci de temps en temps.
Elle eut conscience que la couronne la regardait.
« Tu la sens, hein ? fit Mémé. Je l’ai dit, non ? Les couronnes attirent !
— C’est horrible.
— Non, non. C’est comme ça, voilà. C’est plus fort qu’elle.
— Mais c’est de la magie !
— C’est comme ça, voilà, répéta Mémé.
— Elle me pousse à l’essayer, dit Magrat, la main au-dessus de la couronne.
— C’est ça, oui.
— Mais je serai forte.
— C’est ce que j’pense, dit Mémé, la figure soudain curieusement sans expression. Qu’est-ce qu’elle fait, Gytha ?
— Elle donne un bain au bébé dans l’évier, répondit distraitement Magrat. Comment on pourrait cacher une chose pareille ? Il se passerait quoi si on l’enterrait quelque part bien profond ?
— Un blaireau la déterrerait, dit Mémé d’une voix lasse. Ou un prospecteur s’en viendrait chercher de l’or ou autre chose. Ou un arbre s’emmêlerait les racines autour, une tempête l’arracherait, puis quelqu’un la ramasserait et se la mettrait sur la tête…
— Sauf si c’est quelqu’un d’aussi fort que nous, remarqua Magrat.
— Sauf ça, évidemment, dit Mémé qui s’étudia les ongles. Mais avec les couronnes, c’est pas de les mettre qui pose un problème, c’est de les enlever. »
Magrat prit l’objet et le retourna dans ses mains.
« Elle ressemble pourtant pas trop à une couronne, dit-elle.
