
— T’en as déjà vu des tas, j’imagine, fit Mémé. T’es experte en couronnes, dame.
— J’en ai vu quelques-unes. Elles ont beaucoup plus de pierres précieuses et des bouts de tissu au milieu, dit Magrat d’un air de défi. Ça, c’est un truc de rien…
— Magrat Goussedail !
— C’est vrai. Quand je faisais mon apprentissage avec Bobonne Plurniche…
— … qu’elle-repose-en-paix…
— … qu’elle-repose-en-paix, elle m’emmenait à Dodâne ou à Lancre chaque fois que les baladins venaient jouer. C’était une passionnée de théâtre. Ils ont plus de couronnes qu’on a de dents ; remarquez – elle marqua un temps –, Bobonne disait qu’elles étaient en fer-blanc, en papier et tout. Avec des bouts de verre pour les pierres précieuses. Mais elles faisaient plus vraies que celle-là. Vous trouvez pas ça bizarre ?
— La chose qui essaye de ressembler à une chose ressemble souvent plus à la chose que la chose. C’est bien connu. Mais j’suis pas d’accord pour encourager ce système. Et puis c’est quoi, ces gens qui se baladent en jouant avec des couronnes ?
— Vous connaissez pas le théâtre ? » s’étonna Magrat.
Mémé Ciredutemps, qui n’avouait jamais son ignorance en quoi que ce soit, n’hésita pas. « Oh, si, fit-elle. C’est un de ces machins, là, hein ?
— Bobonne Plurniche disait que c’était le miroir de la vie. Ça lui remontait toujours le moral, qu’elle disait.
— Pour sûr, approuva Mémé avec force. Quand c’est bien joué, en tout cas. Sont bien braves, non ? ces gens qui jouent du théâtre ?
— Je crois.
— Et ils se baladent dans tout le pays, tu disais ? fit Mémé qui regarda d’un air songeur la porte de l’arrière-cuisine.
— Partout. Il y a une troupe à Lancre en ce moment, à ce qu’il paraît. J’y suis pas allée parce que… vous savez bien. »
Magrat baissa la tête. « C’est pas convenable pour une femme d’aller dans ces endroits-là toute seule. »
