
— C’est un souffleur, expliqua Magrat. Il leur dit leur texte.
— Ils le savent pas ?
— Je crois qu’ils l’oublient, dit Magrat avec aigreur. Y a sûrement une raison. »
Mémé donna un coup de coude à Nounou.
« Il se passe quoi, maintenant ? Pourquoi y a tous ces rois et tous ces gens ?
— C’est un banquet, t’vois, répondit Nounou Ogg, péremptoire. À cause du roi mort, celui aux chaussures de tout à l’heure. Seulement, maintenant, si tu regardes bien, tu verras qu’il fait semblant d’être un soldat, et tout le monde y va de son discours sur lui, que c’était un bon roi et qu’on se demande qui l’a tué.
— Non ? » fit Mémé d’un air menaçant. Ses yeux parcoururent la distribution de la pièce, en quête du meurtrier.
Elle fixait son choix.
Puis elle se leva.
Son châle noir volait au vent autour d’elle comme les ailes d’un ange de la vengeance descendu débarrasser le monde de son brou de sottise, simulation, artifice et chiqué. Curieusement, elle paraissait plus grande qu’à l’ordinaire. Elle pointa un doigt fulminant vers l’individu coupable.
« C’est lui qui l’a tué ! cria-t-elle d’une voix triomphante. On l’a tous vu ! Avec une dague, il a fait ça ! »
* * *
Le public sortait en file, ravi. Une bonne pièce dans l’ensemble, se disait-il, quoique difficile à suivre. Mais on avait drôlement rigolé quand tous les rois s’étaient enfuis en courant, quand la femme en noir avait bondi sur ses pieds et s’était mise à crier. Rien que pour ça, on ne regrettait pas ses sous.
Les trois sorcières étaient assises, toutes seules, sur le bord de la scène.
« Je m’demande comment ils arrivent à trouver autant de rois et de seigneurs pour faire ça ? dit Mémé, nullement intimidée. Moi, j’les aurais crus bien trop occupés. À gouverner, des choses comme ça.
