Elle astiqua la boule, perdue dans ses pensées.

« Oui, mais… » fit Magrat. Mémé leva les yeux sur elle. C’était ça, Magrat. La tête pleine de citrouilles. Tout le monde serait une marraine fée, pour un peu. Mais une bonne âme, dessous tout ce fatras. Gentille envers les petits animaux à fourrure. Du genre à s’inquiéter des oisillons tombés du nid.

« Écoute, si ça peut te faire plaisir », marmotta-t-elle en se surprenant elle-même. Elle agita vaguement les mains au-dessus de l’image des chariots qui s’éloignaient. « Qu’est-ce qu’il faut… la richesse, la beauté ?

— Ben, l’argent, c’est pas tout, et s’il ressemble à son père, il sera bien assez beau, dit Magrat, soudain sérieuse. La sagesse, qu’est-ce que vous en pensez ?

— Ça, c’est quelque chose qu’il devra apprendre tout seul, fit Mémé.

— Une vue parfaite ? Une belle voix pour chanter ? » De la pelouse, dehors, parvint celle éraillée mais enflammée de Nounou Ogg qui lançait à la face du ciel nocturne que « Le bourdon d’un mage a un nœud au bout ».

« Pas important, dit Mémé très fort. Faut penser têtologie, t’vois ? Pas s’embêter avec ces histoires de beauté et de richesse. C’est pas important, ça. »

Elle revint à la boule et fit un geste sans grand enthousiasme. « Vaudrait mieux que t’ailles chercher Nounou, alors, vu qu’il faut qu’on soit toutes les trois. »

Magrat aida enfin Nounou à rentrer, puis il fallut lui expliquer l’affaire.

« Trois cadeaux, hein ? dit-elle. J’ai pas fait ces machins-là depuis que j’étais gamine, ça remonte à… À quoi tu joues ? »

Magrat s’affairait dans la pièce, elle allumait des bougies.

« Oh, faut qu’on crée la bonne ambiance magique », expliqua-t-elle. Mémé haussa les épaules mais ne pipa mot, même devant une provocation aussi flagrante. Chaque sorcière faisait sa magie à son idée, et Magrat était chez elle.



42 из 287