Bérurier, très grand seigneur, le remercie d’un hochement de tête protecteur et lui attrique généreusement une pièce de deux anciens francs. L’enfonceur de portes ouvertes se met à rouler des roberts qui sollicitent votre inscription à une académie de billard.

Pendant ce temps, on évacue la bagnole jaune. Je douille le Nuvolari des pauvres et je vais pour empoigner ma valoche ; seulement deux employés de l’hôtel me devancent.

Des négus itou. Les crins aplatis par trois kilogrammes de gélatine. Chemise grise portant le nom de l’établissement brodé sur la pochette. Futal en gabardine kaki.

Ils vont ouvrir le coffre du taxi, pensant y trouver des bagages plus substantiels que nos valises en carton. N’y découvrant rien d’autre qu’un lacet de soulier et la première page d’un journal illustré, ils font des tronches intimidantes. Ils nous escortent à l’intérieur de l’hôtel comme des gardiens de taule réceptionnent des convicts au pedigree imposant.

Le hall du Times Square ressemble à celui d’une gare. en moins intime. Il y a des marchands de baveux et de souvenirs, des sofas, des fauteuils, un coiffeur, un bar, une agence de spectacles et tutti frutti, comme dit Bérurier qui connaît de l’italien ce qu’il en lit sur les boîtes de sauce Buitoni !

La réception est pareille à la caisse d’une banque. On jacte aux préposés à travers des barreaux.

Je commence par demander à ces messieurs s’ils jaspinent le franchecaille. Mais ils secouent la tête avec indignation. D’après eux, lorsqu’on a la veine de parler anglais, c’est pas la peine de se casser le chou pour apprendre d’autres dialectes. Drôles de réceptionnaires ! Si les dirlos des palaces européens voyaient ça, ils deviendraient dingues. Tout le monde est en bras de chemise, bouffant de la gum en parlant, ce qui facilite l’élocution, croyez-moi. J’aurais un entretien particulier avec une vache hollandaise, ce serait kif-kif !



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