
Usant de mon anglais, je réclame deux chambres communicantes, dont une à deux lits. On me répond que c’est O.K., ce dont je suis fort aise, et que ça fera dix-sept dollars par jour, ce dont je me tamponne le coquillard avec une patte d’alligator femelle.
En effet, les gnaces du F.B.I. n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère en me filant deux mille dollars. Au cours du jour, ça fait pas loin d’une ancienne brique ! J’ai idée que les matuches ont droit à des notes de frais carabinés de ce côté-ci de la mare aux z’harengs.
On nous dirige vers les ascenseurs. Un portier couleur de deuil national bonnit le numéro de notre étage au liftier.
Boum, servez chaud ! Nous voilà au dix-huitième !
Les couloirs de la caserne sont peints en vert pisseux. L’éclairage est triste. Tout est morne, terne, silencieux…
Un robinet d’eau potable goutte au-dessus d’une conque de marbre.
Les chambres ne rebectent pas le bidule. Elles font hôtel Terminus de sous-préfecture. Elles sont séparées par un cabinet de toilette commun.
Je désigne la pièce du fond à mes abrutis.
— Bivouaquez là, les Gars… Moi je prends l’autre avec le boxer !
Je laisse tomber un bifton d’un dollar au convoyeur après qu’il a déposé nos valoches sur le pageot. Puis je vais mettre la chaîne de sûreté à la porte.
La réaction se fait. Il y a trois quarts de plombe nous nous trouvions en rade, résignés. Et voilà que nous sommes à Broadway, comme qui dirait pour ainsi dire au cœur de New York !
La vie est curieuse, non !
Jamais je n’ai eu aussi peu le sentiment d’être sur une enquête.
Quelle enquête, au fait ?
Nous ne connaissons pas cette ville (la plus grande du monde !). Et nous sommes chargés d’y trouver des gens dont nous ignorons tout !
— Et maintenant ? demande Pinaud, qui a joué la Tour de Nesle jadis, lorsqu’il faisait du théâtre d’avant-salle-de-garde !
