Retour à notre table. Là, les désillusions continuent. Béru qui a choisi comme hors-d’œuvre une espèce de pâté recouvert d’une sauce rose qu’il escomptait à la tomate, découvre que ladite sauce ressemble à s’y méprendre à de la pâte dentifrice et que la pâte est nettement impropre à la consommation.

— Je me plaindrai au consulat, affirme-t-il, violet de fureur.

Il attaque alors l’hamburger-pommes française qui grésille dans son assiette. Alors là, c’est la déroute. La viande est trop cuite. On dirait une vieille éponge tombée dans une bassine à friture.

— Je repars ! dit le Gros.

Je le calme.

— Voyons, on va s’organiser… Il y a des crèches mieux que ça à New York !.. Des restaurants français, tu verras…

Ces paroles d’apaisement ne le calment qu’imparfaitement. Il attaque en désespoir de cause sa portion de fromage.

Ultime désespoir !

Moi qui ai le même, je dois admettre qu’on croit becqueter de la pâte à modeler.

— C’est pas du port-salut, c’est du pur-salaud ! fait l’ami Bérurier.

Ebloui par sa contrepèterie, il exulte.

— Elle est pas formide, celle-là, dis, San-A. ?

— Hors concours, Gros.

Je profite de son allégresse passagère pour l’entraîner ainsi que notre estimable débris. Je sens que si je ne trouve pas d’urgence un coin où l’on puisse boire des trucs alcoolisés, il me sera impossible d’endiguer la révolte qui gronde au sein de mes troupes valeureuses.

Je me souviens alors du bar de notre hôtel. On doit certainement pouvoir y écluser des choses convenables.

Je frète un taxi pour nous y conduire plus vite.

J’ai beau me détroncher, je n’aperçois plus notre ange gardien.


Dès l’entrée, nous sommes rassurés. Les rayons du bar sont peuplés de flacons de whisky de toute provenance. Il y a du scotch, du rye, du bourbon…



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