Il nous regarde entrer d’un œil aussi acéré qu’une lardoire à gigot. On dirait qu’il mijote une sombre rancœur car ses maxillaires ont un léger mouvement de bielles, mais en y regardant de plus près, je constate qu’il mâche du chewing-gum.

Le commandant nous salue.

— Commissaire, me dit-il, permettez-moi de vous présenter un de vos collègues américains, l’inspecteur Oliver Andy, qui a une communication de la plus haute importance à vous faire de la part de vos supérieurs.

Le Ricain tient sur ses genoux croisés un bada de paille noire orné d’un large ruban à carreaux blancs et noirs. Il se lève après avoir déposé le bitos sur le carnet de bord de l’officier.

— How do you do ? éructe-t-il en avançant vers moi une paluche qui flanquerait la pétoche à un buffle fou furieux.

Je lui réponds que ça boume, bien que mon cor au pied me fasse un peu souffrir, et je confie ma dextre aristocratique aux deux kilos de viande qu’il brandit devant moi.

Il m’écrase quatre phalanges, procède de même avec mes valeureux collaborateurs lorsque je les lui présente et se rassoit.

Le commandant, discret comme la tache-de-vin-sous-le-sein-gauche-d’une-jeune-mariée-en-voyage-de-noces, met les adjas en nous assurant que nous pouvons user de son bureau aussi longtemps que ce sera nécessaire.

Nous voici donc entre poulmen dans la volière.

— Do you speak english ? demande le royco yankee.

Je préfère battre à niort.

— Non…

Notre interlocuteur se fend en deux dans le sens de la largeur, ce qui est sa façon de rigoler.

— Alors, je vais essayer mon français.

— Il me paraît correct…

Il hausse les épaules avec une modestie, peut-être feinte, mais qui l’honore.



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