Pourtant, comme ils ne connaissent que la consigne (et pas seulement celle de la gare centrale), ils apposent des vignettes violettes sur nos valises et nous font signe de calter.

Nous sommes dans un immense hall plein de bruit et de colis. Des gens vont et viennent, comme les choristes d’un opéra. Y a des porteurs nègres avec des casquettes en carton. Les dockers manipulent les bagages avec un mépris souverain. On dirait même qu’ils éprouvent un plaisir sadique à les torturer… Ils prennent les sacs de voyage pour des ballons de rugby et font des essais qui se transforment en calamité pour les malheureux colibards.

Pinaud est médusé.

— Ils sont drôlement féroces, ces gars…

— Penses-tu, proteste Béru. Ça vient de ce qu’ils ont l’habitude de jouer au Baise-Paul, ce sont des sportifs, quoi !

Nous descendons un escalier monumental qui conduit à la terre ferme. Il y a une cohorte de taxis multicolores qui attend en bas, le long du quai. Un gros docker qui a dû travailler comme sac de sable dans une salle d’entraînement, siffle dans ses doigts pour faire avancer les taxis au fur et à mesure des besoins.

Lorsque notre trio s’avance sur le trottoir, il hèle une magnifique Chevrolet jaune à toit rouge sur la portière de laquelle sont peints les tarifs des courses en lettres vertes. Le tout est joyeux comme un tableau de Picasso. Le bahut est piloté par un nègre à tronche désabusée. Il porte une casquette plate, une chemisette bleue et il rumine avec mélancolie.

Nous nous engouffrons dans sa tire et il attend ; le carnet à la main

Je m’aperçois alors que je n’en ai pas la moindre idée.

Pas commode, le chauffeur s’arrête de mâchouiller son caoutchouc et pose une question brève.

J’ai ligoté récemment un livre sur les States. Le nom d’un hôtel me revient en mémoire.



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