
Ayant proféré ceci, je confie ma valise en carton véritable à mes équipiers et je grimpe dare-dare
Le boxer est toujours assis dans sa cage. Il frétille du moignon en m’apercevant. On commence à se connaître, nous deux…
— Viens, mon bijou, je susurre. Viens, mon amour…
Je délourde sa portelle et je chope sa laisse accrochée en face de la cage.
— On va faire un tour en Amérique comme deux bons petits camarades !
Faut voir s’il biche, le cador. Ça commençait à lui fendiller le caoutchouc des pa-pattes, cette traversée…
Il se met à baver comme douze escargots dans une boîte à sel.
Je rejoins le tandem Béru-Pinuche.
— Qu’est-ce qu’on va faire de lui ? interroge le révérend Pinaud.
— Rien, justement, rétorqué-je. C’est là l’astuce…
— Mais où qu’on va le cloquer, ce bestiau pendant notre séjour aux Etats ?
— Nous verrons !
— On pourrait l’enfermer dans les va-faire-causette de l’hôtel, tu crois pas ? Je me vois pas déambuler dans Niève York avec ça…
Faut toujours qu’il rouscaille, le Gros. D’une bourrade, je le propulse sur le toboggan de la passerelle. Celle-ci étant en pente roide, il perd l’équilibre et roule jusque dans les lattes des douaniers qui sont à quai. C’est une prise de contact avec l’Amérique assez peu ordinaire. Il se relève, furax, avec des ecchymoses sur la théière.
— T’es malade, non ! fulmine le Gros. C’était un sale coup à me faire casser l’arête principale.
L’intervention des douaniers qui nous demandent d’ouvrir nos bagages met un terme à ces protestations.
Il en faut beaucoup pour épater un Ricain, mais j’avoue que l’exploration de nos valises laisse les douaniers pantois.
Ils se regardent, examinent d’un air dégoûté la chemise sale que chacun de nous véhicule et font une grimace d’hépatiques.
