
À peine dans la queue, elle sortit un portable de sa poche et composa un numéro. Malko saisit des bribes de la conversation.
— Oui, tout va bien, je ramène les produits de beauté… Dans vingt minutes, je serai dehors. Dosvidania…
Elle parlait russe d’un ton ferme, avec sérieux. Il se demanda quels produits de beauté on pouvait bien ramener de Moscou, où tout était importé, puis ne pensa plus à elle.
La queue avançait avec une lenteur exaspérante. Enfin, son passeport tamponné et la douane franchie, où officiaient des mémères qui semblaient sortir tout droit du goulag, côté miradors, il se retrouva dans le hall de l’aérogare. Fendant la foule agglutinée devant la porte coulissante des arrivées, il gagna le petit bureau d’accueil des observateurs de l’OSCE1 venus surveiller les élections présidentielles ukrainiennes. Là où un agent de la station de la CIA de Kiev devait venir le récupérer.
L’OSCE était sa couverture, confirmée par une lettre officielle du gouvernement autrichien, fausse bien entendu, fabriquée par les ateliers de la Technical Division de l’Agence américaine de Langley.
Le bureau de l’OSCE était vide, fermé à clef.
Au moment où il baissait les yeux sur sa Breitling, étonné, son portable sonna. Une voix essoufflée et féminine annonça en anglais que la personne venant le chercher aurait un quart d’heure de retard. Qu’il ne s’inquiète pas. À peine avait-il raccroché que la superbe blonde du vol de Moscou surgit à son tour de la zone sous douane, tirant son énorme valise, les traits crispés par l’effort. Tandis que Malko la suivait des yeux, admirant sa silhouette, la poignée du bagage se détacha et lui resta dans la main ! L’inconnue s’arrêta net, regardant d’un air furieux sa valise gisant à terre. Elle se pencha, voulut la soulever, mais elle lui échappa et retomba sur le sol.
