Contre toute attente, alors que tous les sondages donnaient louchtchenko largement gagnant, les urnes avaient donné la victoire à l’homme de l’Est ! À la fureur de tous les observateurs internationaux qui avaient constaté de multiples fraudes massives en faveur de Viktor Ianoukovitch. Outrés mais bien organisés, les partisans de la «révolution orange» avaient surgi comme des escargots après la pluie, bien décidés à ne pas se laisser faire. À Kiev, 10000 d’entre eux avaient occupé la place de l’Indépendance et le boulevard Khreschatik, s’installant sous des tentes, bravant le froid et la pluie. L’armée et la Milicija avaient refusé de les déloger par la force.

À la suite de ces manifestations, tous les pays, sauf la Russie, avaient refusé de reconnaître les résultats de ces élections truquées. Encouragé par la résistance de ses partisans, Viktor louchtchenko avait alors annoncé avoir été empoisonné, soit qu’on ait eu l’intention de le tuer, soit qu’on ait voulu l’empêcher de faire campagne. Il avait précisé que ses troubles avaient commencé le lendemain d’un dîner avec les deux principaux responsables du SBU, dans la datcha de l’un d’eux.

On retrouvait les « tchékistes », le bon vieux KGB qui, trente ans plus tôt, empoisonnait déjà les dissidents ukrainiens comme le nationaliste Stepan Bandera, à Munich !

Le laboratoire viennois qui l’avait examiné avait alors précisé son diagnostic : Viktor louchtchenko avait avalé une dose si massive de dioxine, un poison industriel, qu’on ignorait quelles seraient les conséquences à long terme, même s’il avait survécu au premier choc. Le seul cas d’empoisonnement à la dioxine remontait à la catastrophe de l’usine chimique de Seveso, en Italie, en 1976, et les doses ingérées par les victimes étaient infiniment plus faibles…

Malko avait suivi cette histoire dans la presse autrichienne, pas vraiment étonné. Il était payé pour savoir que Vladimir Poutine n’avait rien d’un démocrate et que l’idée d’empoisonner un adversaire du Kremlin n’avait pas dû le faire ciller.



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