
Il savait également que les Etats-Unis s’étaient beaucoup investis dans la « désoviétisation » de l’Ukraine, à travers de multiples canaux, dont forcément son employeur intermittent, la Central Intelligence Agency. Ce qui expliquait probablement sa venue à Kiev, à la demande de la station de Vienne.
Irina Murray déboucha sur la place Bessarabiaska et s’engagea dans le boulevard Tarass-Sevchenko, passant devant une magnifique statue de Lénine. À droite, l’avenue Khreschatik disparaissait sous une mer de tentes et des miliciens débonnaires, en uniforme de cuir noir, détournaient la circulation.
— Regardez ! fit soudain la jeune femme, désignant le trottoir.
Malko aperçut une vieille dame avec d’énormes lunettes qui promenait en laisse un magnifique chat siamois. L’animal arborait autour du cou une écharpe orange qui se prenait dans ses pattes…
— Même les chats votent Iouchtchenko ! lança Irina Murray, ravie.
Ils montèrent le grand boulevard Tarass-Sevchenko dont les deux voies étaient séparées par un large terre-plein et tournèrent devant l’université pour redescendre sur l’autre voie. Irina Murray stoppa devant un immeuble rénové, à la hauteur d’un portier chamarré comme un amiral d’opérette.
— Voilà le Premier Palace, annonça la jeune femme. Déposez vos bagages. Ensuite, on va à l’ambassade.
— Elle est toujours au même endroit ?
— Oui, confirma Irina Murray, mais elle est mieux gardée.
Ironie de l’Histoire : le bâtiment abritant l’ambassade US, un modeste hôtel particulier dans la rue Kotsu-binskogo, était l’ancien siège du Parti communiste ukrainien.
* * *
Alors qu’ils arrivaient en haut de Kotsubinskogo Ulitza, ils croisèrent une Mercedes 560 arborant un ruban orange à chaque portière. Irina eut aussitôt un sourire triomphant.
