Cette tenue, ajoutée à ses cheveux blonds réunis en natte, à sa bouche trop rouge et à son regard effronté, accrochaient les regards des hommes quand elle allait prendre un thé à la Maison du Café, un endroit branché tout près du boulevard Khreschatik, les Champs-Élysées de Kiev. On y croisait des hommes politiques, des businessmen, des journalistes, qui venaient là draguer les filles seules.

Evguena Bogdanov resta le nez collé à la vitre, s’angoissant à son tour. Ce n’était pas possible qu’on lui fasse faux bond ! La nuit commençait à tomber, bien qu’il ne soit qu’un peu plus de cinq heures. Seize étages plus bas, on distinguait tout juste les formes des voitures qui défilaient dans les deux sens. Quelques flocons de neige se mêlaient à une pluie fine qui réduisait encore la visibilité.

Roman Marchouk s’éloigna de la fenêtre en maugréant entre ses dents, puis revint se placer derrière Evguena Bogdanov, scrutant la grande avenue par-dessus son épaule. La jeune femme pouvait sentir son souffle court dans son cou. Pendant quelques instants, ils contemplèrent en silence la circulation, puis l’Ukrainien explosa de nouveau.

— Tant pis ! Je ne les attends pas ! Je file !

Déjà, il se dirigeait à grandes enjambées vers la porte du petit appartement. Evguena courut derrière lui, le dépassa et se plaça en travers de la porte.

— Attends ! Tu es fou ! Ils sont en route. Tu sais bien qu’ils doivent t’emmener à Odessa. Et ensuite, tu partiras sur un bateau pour la Russie. Le temps que les choses se calment. Ils vont te donner de l’argent aussi… Et puis, même s’ils ont eu un problème, tu peux coucher ici.

Le regard suppliant, elle appuyait les deux mains sur la poitrine de Roman Marchouk, tout en sachant que, d’un seul revers, il pouvait l’écarter sans peine.

— Je m’en fous ! grommela Roman Marchouk. Je suis sûr qu’ils m’ont laissé tomber. Les autres aussi me cherchent, les Ameriki. Ils savent sûrement où je suis. Ce salaud de Smeshko fricote avec eux. Laisse-moi passer.



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