Peu à peu, son sexe s’était humidifié et elle ne souffrait plus. Le cerveau vide, elle recevait cet assaut sans vrai plaisir, mais sans déplaisir. Un cri étranglé fusa de la bouche de Roman Marchouk, qui, d’un ultime coup de reins, la cloua à la table, les jambes repliées comme une grenouille. Elle le sentit se vider en elle. À peine eut-il joui qu’il lui lâcha les jambes. Il recula, arrachant d’elle son sexe encore dur, et, sans même l’essuyer, le rentra dans son caleçon gris.

— Karacho ! lança-t-il. Maintenant, je m’en vais.

Il était déjà en train de remonter son jean. Evguena revint à la réalité, glissa de la table, attrapa sa culotte et lui fit face.

— Non, il faut…

Le bourdonnement de l’interphone l’interrompit et elle poussa un cri de joie.

— Les voilà !

Elle ne s’était pas fait baiser pour rien.


* * *

— 8630 ! cria Evguena dans l’interphone.

L’immeuble était muni d’un vieux code digital soviétique, simple mais robuste. Ils attendirent en silence. L’ascenseur était d’une lenteur incroyable, lui aussi aux anciennes normes de l’Union soviétique.

Enfin, on frappa à la porte : la sonnette était cassée. Evguena Bogdanov gagna la petite entrée et ouvrit, se trouvant nez à nez avec trois hommes massifs, un bonnet de laine noire enfoncé jusqu’aux oreilles, engoncés dans des blousons de cuir rembourrés. Des visages carrés, brutaux, des regards inexpressifs. Evguena se sentit mal à l’aise mais réussit à sourire.

— Vous venez chercher Roman ?

— Tak, répondit un des hommes.

— Vous êtes en retard. Il était nerveux. Vous partez tout de suite pour Odessa ?

— Tak.

Elle se dit qu’il était ukrainien. Un Russe aurait répondu Da.

— En voiture ?

— Tak. On peut entrer ?

Elle s’effaça et les trois hommes pénétrèrent dans l’appartement. Roman Marchouk, qui avait fini de se rajuster, leur jeta un regard suspicieux.



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