
— On y va ? demanda-t-il. Je cherche mes affaires.
Il disparut dans la chambre. Les trois hommes, debout au milieu de la pièce, regardaient autour d’eux. — Tu vis seule ici ? demanda celui qui avait déjà parlé.
Evguena Bogdanov remarqua que son blouson portait au milieu du dos le sigle «Angeli». Comme les bénévoles qui parcouraient les rues de Kiev à la recherche des ivrognes et des clochards endormis dans la neige pour les emmener à l’hôpital. La vodka et le froid faisaient mauvais ménage.
— Davai ? demanda Roman Marchouk, en réapparaissant, un sac à la main.
— Tak, répondit le porte-parole des trois.
Il fit un pas vers l’Ukrainien, comme pour lui prendre son sac. Au même moment, celui qui s’était posté près de la fenêtre l’ouvrit toute grande, faisant entrer dans la pièce un courant d’air glacé.
— Hé ! Vous êtes fou ! protesta Evguena.
Il faisait quand même -5 °C dehors et le vent soufflait de la Sibérie.
L’homme ne répondit pas. Laissant la fenêtre grande ouverte, il se retourna et marcha sur Roman Marchouk. Au même moment, celui qui s’était rapproché lui passa un bras autour du cou et lui donna un coup de genou dans les reins, puis le tira en arrière. Aussitôt, l’autre lui saisit les chevilles, le soulevant du sol, coinçant ses jambes entre son bras droit et son torse. À eux deux, ils le maintenaient au-dessus du sol, à l’horizontale. Roman tenta de se débattre, à moitié étranglé. Mais, en moins de dix secondes, ils atteignirent la fenêtre ouverte. Avec une synchronisation parfaite, ils projetèrent Roman Marchouk dans le vide.
Il poussa un cri atroce et disparut.
Evguena Bogdanov demeura figée quelques fractions de seconde. Son cerveau n’arrivait pas à enregistrer l’horreur de ce qui venait de se passer. Puis, d’un mou-vement réflexe, elle fonça vers la porte en poussant un cri terrifié.
