Ils survenaient sans régularité, une ou deux fois par jour, certains jours pas du tout. Victoire finit par se mettre à l'affût sans pouvoir établir leur origine. Il suffisait parfois, après que deux jours de suite ils ne se furent plus manifestés, qu'elle oubliât leur existence pour qu'inopinément l'un d'eux vînt rappeler à son souvenir leur série. Au moins, ne se produisant jamais de nuit, ne troublaient-ils pas son sommeil.

Les premiers jours elle partit, chaque matin, lire les feuilles locales et nationales près de l'océan, toujours au même endroit quand le temps le permettait. Le temps le permit souvent et l'endroit, séparé du rivage par une étroite route côtière, était une esplanade pentue en voie d'aménagement, récemment plantée d'arbustes malingres chaussés de film plastique et meublée de bancs neufs. Les premiers jours elle chercha dans tous les journaux – faits divers ou nécrologie – quelque information relative à la mort de Félix, sans résultat. Quand il parut probable qu'il n'en serait plus question, Victoire réduisit ses achats de quotidiens qu'elle finit par ne plus parcourir qu'à peine, les gardant ouverts sur ses genoux tout en considérant l'océan.

Sur celui-ci, quel que fût le ciel, comme des bouées ou des ballons jetés, dérivaient à toute heure des têtes de surfeurs en attente de la vague. Celle-ci paraissant, chacun pour l'attraper se hissait sur sa planche et s'élançait de biais dans sa pente, s'y maintenant quelques secondes avant de se renverser en parabole fluorescente, s'immerger dans l'écume et que tout fût à recommencer. Patientes, sur la petite route ourlant le rivage, leurs compagnes attendaient les surfeurs à l'intérieur de minibus aménagés: passant à leur hauteur en retournant chez elle, Victoire entendait grésiller les autoradios.

Bientôt elle se mit à sortir dans la journée, les après-midi puis même les soirs mais prudemment, comme en convalescence et marchant sur des œufs.



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