
Les jours de grand soleil, il arrivait aussi qu'elle passât un moment sur la plage qui était, comme toute plage en hiver, une vaste étendue désaffectée, inutile, profondément griffée par les puissants tracteurs du service de nettoiement – malgré lesquels restaient encore, enfouis entre deux sables, pas mal de déchets organiques ou manufacturés, oubliés par les baigneurs de la saison chaude ou ramenés par les marées. Peu de monde la parcourait: jeunes couples étroitement étreints ou retraités d'importation, flanqués de gros chiens mordillant une branche ou de plus petits saucissonnés dans un tricot. Victoire s'installait à l'abri, loin de l'eau glacée, dépliait une serviette puis un journal et, assise sur celle-là, feuilletait celui-ci sous son walkman. Elle continuait ainsi à consulter la presse quelque temps, puis cessa de se la procurer dès le lendemain du jour où l'on vint sonner à sa porte.
C'était en début de matinée, vers dix heures, quelque trois semaines après son arrivée, Victoire n'attendait évidemment personne. Passée sans transition de son lit à la baignoire, elle continuait d'y somnoler dans l'eau réglée à la température des draps: le timbre enroué fixé près de l'entrée, en bas, ne lui fit pas ouvrir un œil. On insista, par deux coups brefs, puis on parut abandonner. Le grelot disparu sans laisser d'écho, Victoire immergée n'était même pas très sûre de sa réalité, vingt secondes plus tard elle n'y pensait plus.
