– Il se nommait Grégoire-Alexandrovitch Petchorin; c’était un excellent garçon; mais un peu singulier: ainsi, il lui arrivait de passer une journée entière à la chasse par la pluie et le froid et lorsque tous étaient transis et fatigués, lui ne l’était pas le moins du monde, et puis d’autres jours où il n’avait pas quitté sa chambre, il se plaignait de sentir le vent et assurait qu’il avait froid et si le volet battait, on le voyait frissonner et blêmir. Je l’ai vu attaquer le sanglier tout seul. Parfois il passait des heures entières, sans qu’on pût lui arracher une parole, et d’autres fois, quand il se mettait à parler, on se tenait les côtes à force de rire; il avait de grandes bizarreries et je crois que c’était un homme riche. Son bagage était considérable!


– Mais vécut-il longtemps avec vous?


– Oui! un an; et cette année est encore présente à ma mémoire. Il m’a donné bien des tracas; mais ce n’est pas cela qui le rappelle à mon souvenir! Il y a vraiment de ces gens dans la destinée desquels il est écrit qu’ils auront des aventures extraordinaires!


– Extraordinaires, m’écriai-je avec un sentiment de curiosité et en lui versant encore du thé.


– Oui! Je vais vous raconter cela:


À deux verstes de la forteresse, vivait un prince soumis. Son fils, garçon de quinze ans, avait l’habitude de venir chez nous chaque jour. C’était tantôt pour une chose, tantôt pour une autre. Petchorin et moi le gâtions; mais quel vaurien c’était déjà! Très adroit par exemple, il savait à cheval ramasser un chapeau par terre au galop le plus rapide et tirer son fusil; mais il avait un grand défaut; il aimait passionnément l’argent. Un jour Petchorin lui promit en plaisantant de lui donner un ducat s’il lui apportait le meilleur bouc du troupeau de son père; et, comme vous le pensez bien, la nuit suivante il le lui amena par les cornes. Puis lorsque nous l’irritions, ses yeux s’injectaient de sang et tout de suite il mettait le poignard à la main: «Fi Azamat! tu es trop violent! lui disais-je; et ta tête ira loin.



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