Le vieux prince vint un jour lui-même nous inviter à des noces; il mariait sa fille aînée et nous étions des amis. Il était impossible de lui refuser, quoiqu’il fût Tartare, et nous nous mîmes en route. Dans le village, une multitude de chiens nous accueillit par de bruyants aboiements; les femmes, en nous voyant, se cachaient; celles dont nous pouvions voir le visage étaient loin d’être belles.


– J’avais bien meilleure opinion des Circassiennes! me dit Petchorin.


– Prenez patience! lui répondis-je en souriant, j’avais quelque chose dans l’idée.»


Une foule de monde s’était déjà réunie à la maison du prince; chez ces Orientaux la coutume est d’inviter aux noces tous ceux qu’on rencontre, quels qu’ils soient. On nous reçut avec tous les honneurs et on nous mena dans le salon: mais je n’oubliai point d’observer, en cas d’événement imprévu, le lieu où l’on plaçait nos chevaux.


– Comment célèbrent-ils leurs noces? capitaine.


– Voici ce qui se passe ordinairement: d’abord le Moula lit quelques versets du Coran; ensuite on fait des cadeaux aux jeunes mariés et à tous les parents. On mange, on boit du bouza, et puis vient le divertissement. C’est toujours un individu sale, en haillons, qui monte sur un vilain cheval boiteux, fait des grimaces, imite polichinelle, et fait rire l’honnête compagnie. Dès que la nuit paraît, commence au salon, ce que nous appelons le bal. Un pauvre vieillard frappe sur un instrument, j’ai oublié comment on l’appelle chez eux; nous le nommons, nous, une guitare à trois cordes. Les jeunes filles et les jeunes gens sont placés sur deux rangs, les uns vis-à-vis des autres et frappent dans leurs mains en chantant. Bientôt une jeune fille et un jeune homme s’avancent au milieu du salon et se disent l’un à l’autre des vers qu’ils chantent, tandis que le reste de l’assistance accompagne en chœur. Petchorin et moi étions assis à la place d’honneur; soudain, la plus jeune fille de la maison s’approcha de lui; c’était une jeune enfant de seize ans à peine; elle lui chanta, comment m’exprimerai-je, une espèce de compliment.



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