– Je le jure! je le jure! et toi?


– Eh bien moi je te jure que tu posséderas ce cheval, mais il faudra me donner pour cela ta sœur Béla et le Karaguetz sera à toi. Je pense que le marché est avantageux pour toi?


Azamat se taisait.


– Tu ne veux pas? mais que désires-tu alors? je te croyais un homme, tu n’es qu’un enfant! et tu n’es pas encore capable de monter à cheval!


Azamat s’enflamma:


– Mais mon père? dit-il.


– Est-ce qu’il ne s’absente jamais?


– C’est vrai!


– Consens-tu alors?


– Je consens! chuchota Azamat, pâle comme un mort; et quand donc?


– La première fois que Kazbitch viendra ici; il doit m’amener des moutons: le reste est mon affaire; cela me regarde Azamat!


Voilà comment ils traitèrent cette affaire; marché dégoûtant en réalité!


Plus tard je dis cela à Petchorin et il se contenta de me répondre que cette farouche Circassienne devait se trouver heureuse d’avoir un mari comme lui; en somme il valait bien ce brigand de Kazbitch, qui ne valait pas même la peine que l’on s’occupât de lui.


Vous devez penser vous-même que je n’eus rien à répondre à cela et du reste à cette époque, j’ignorais tout à fait leur complot.


Or, un jour, Kazbitch vint et me demanda si je n’avais pas besoin de miel et de moutons: Je lui recommandai de m’en apporter le lendemain.


– Azamat, dit Petchorin, demain le Karaguetz sera dans tes mains, mais si, cette nuit, Béla n’est pas ici, tu n’auras pas le cheval.


– Bien! dit Azamat; et il regagna le village.


Le soir Petchorin s’arma et sortit de la forteresse. Comment ils arrangèrent les choses, je l’ignore, seulement ils revinrent tous deux pendant la nuit et la sentinelle vit qu’une femme était étendue devant la selle d’Azamat. Elle avait les mains et les jambes liées et sa tête était enveloppée d’un grand voile.



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