– Et le cheval? demandai-je au capitaine.


– Tout à l’heure!… Le lendemain de grand matin, Kazbitch vint à la forteresse et amena dix moutons à vendre; après avoir placé son cheval dans l’enceinte, il entra chez moi. Je le régalai de thé, car quoique ce fut un bandit, je le considérais cependant comme une espèce d’ami.


Nous causions de choses et d’autres, lorsque soudain je le vois frissonner et changer de visage; par malheur la fenêtre donnait sur l’arrière-cour:


– Qu’as-tu? lui dis-je.


– Mon cheval! Mon cheval! dit-il tout tremblant.


En effet, j’entendais un bruit de sabots.


– C’est quelque Cosaque qui passe!


– Non! hurla-t-il avec rage, et comme une panthère furieuse, d’un bond il s’élança au dehors.


En deux sauts il était à la porte de la forteresse; la sentinelle lui barra le passage avec son arme, mais il écarta la baïonnette et se précipita à la course sur la route. Au loin, la poussière volait; Azamat bondissait sur le rapide coursier; Kazbitch en courant débarrassa son fusil de son étui, et fit feu. Un instant, il s’arrêta afin de voir s’il n’avait pas manqué son coup; puis, il poussa un grand cri, jeta son fusil sur une pierre, le brisa en mille morceaux et se mit à se rouler à terre et à crier comme un enfant. Déjà le monde de la forteresse se groupait autour de lui: Lui, ne voyait personne. Ils s’arrêtaient, le poussaient légèrement et s’en retournaient. Je fis placer à côté de lui l’argent de ses moutons, mais il ne le toucha pas et resta étendu la face contre terre, comme un mort. Croiriez-vous qu’il resta dans cette position jusqu’à la nuit avancée et même toute la nuit? Le lendemain il vint à la forteresse et demanda qu’on lui nommât le ravisseur. La sentinelle, qui avait vu comment Azamat avait pris et monté le cheval, ne crut pas nécessaire de le lui cacher. À ce nom, les yeux de Kazbitch lancèrent des éclairs et il se dirigea vers le village où vivait le père d’Azamat.



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