
– Demain le temps sera très beau! m’écriai-je. Le capitaine ne répondit pas un mot; mais il me montra du doigt la haute montagne qui s’élevait juste en face de nous.
– Quelle est donc cette montagne?
– C’est le mont Gutt:
– Eh bien, que peut-il nous indiquer?
– Regardez comme il fume.
En effet, la montagne fumait; sur ses flancs rampaient de légers flocons de vapeur et sur son sommet on apercevait un nuage noir, si noir, qu’au milieu des ténèbres du ciel, il faisait tache.
Déjà nous distinguions le relais de poste et le toit des cabanes qui l’entouraient; devant nous se montraient des feux hospitaliers, lorsque nous ressentîmes de l’humidité et un vent froid. Le défilé rendit un son prolongé et une pluie fine commença à tomber; à peine avais-je mis mon manteau, que la neige couvrait déjà la terre de tous côtés. Je regardai avec inquiétude le capitaine.
– Nous serons obligés, dit-il avec un air peiné, de passer la nuit en ce lieu; au milieu d’un pareil tourbillon de neige, on ne peut traverser les montagnes: y a-t-il eu déjà des avalanches sur le Christovoï
– Non, seigneur; il n’y en a pas eu encore; répondit le Circassien. Mais elles sont imminentes en ce moment.
Au relais, les chambres manquant pour les voyageurs, nous allâmes coucher dans une cabane enfumée. J’invitai mon compagnon de route à prendre avec moi une tasse de thé; car j’emportais toujours une théière en métal, mon unique soulagement pendant mes pérégrinations au Caucase.
