
Tandis que le lieutenant Arango vachercher l’ordre du jour pour son colonel, trois hommes en habits du dimanchebien que l’on soit lundi, chapeaux à large bord, vestes brodées, capotes àrevers rouges et navajas passées dans leurs larges ceintures, le croisent àproximité du Gouvernement militaire. Deux sont frères : l’aîné se nommeLeandro Rejón et a trente-trois ans, et l’autre, Julián, vingt-quatre. Leandroa une femme – elle s’appelle Victoria Madrid – et deux enfants ; quant àJulián, il vient de se marier dans son village avec une jeune fille qui répondau nom de Pascuala Macías. Les deux hommes sont natifs de Leganés, dans lesenvirons, et ils sont arrivés en ville hier, convoqués par un ami de confiancequ’ils ont déjà accompagné un mois et demi plus tôt au moment des événementsqui, à Aranjuez, ont abouti à la destitution du ministre Godoy. Cet amiappartient à la maison du comte de Montijo, dont on dit que, par fidélitéenvers le jeune roi Ferdinand VII, il encourage un autre complot. Mais cen’est qu’une rumeur et rien de plus. En revanche, ce que les Rejón savent aveccertitude, c’est que, munis d’un viatique suffisant pour assurer leur séjour etleurs frais de taverne, ils ont pour instructions d’être prêts au cas où desdésordres éclateraient. Ce qui n’est nullement pour déplaire aux deux frères,garçons turbulents et dans toute la force de leur jeunesse, las comme ils lesont de supporter les insolences des gabachos : il est grand temps,pour des hommes qui en ont dans le pantalon – selon la forte expression de Leandro,l’aîné –, de montrer à ces gens-là qui est le vrai roi d’Espagne, n’en déplaiseà cet enfant de putain de Napoléon Bonaparte.
Le troisième homme, qui marche aucôté des Rejón, s’appelle Mateo González Menéndez, et il est également arrivé
