
Mosiú Murat, il paraît
Que vous étiez bon cuisinier
Eh bien, on verra si au feu
Vous êtes aussi courageux !
— Marchez sans crainte pour vosjolis petits pieds, ma toute belle, le trottoir est bien pavé, dit LeandroRejón à une jeune femme qui, vêtue d’une basquine à franges et d’une mantilleen laine, panier au bras, traverse un rectangle de soleil.
La femme passe son chemin, mi-dédaigneuseet mi-flattée du compliment – l’aîné des Rejón est un garçon bien planté –, etMateo González qui a entendu le commentaire la suit du regard avant de setourner vers les frères, de leur adresser un clin d’œil et de poursuivre aumême pas qu’eux. Maintenant, tous trois sourient et se balancent en marchantavec un aplomb viril. Ils sont jeunes, forts, ils sont alertes et en bonnesanté, et la vue d’une jolie femme leur réjouit le cœur. La journée commencebien, pense le cadet des Rejón. Pour célébrer ça, il sort de sous sa capote unegourde de rouge de Valdemoro, à moitié vide à l’issue de la longue nuit et ducharivari en l’honneur de Murat.
