Outre Casa Valencia et Gil de Lemus,qui représente le peu de Flotte espagnole qui reste après Trafalgar, setrouvent entre autres dans la salle don Antonio Arias Mon, ancien gouverneur duConseil ; Miguel José de Azanza, ministre des Finances inexistantes del’Espagne ; Sébastian Piñuela, pour une Justice dont les Français semoquent et en laquelle les Espagnols ne croient pas ; le général GonzaloO’Farril, falot représentant d’une armée en proie à la confusion, impuissanteet irritée par l’invasion étrangère. Durant la nuit entière, avec lesdignitaires des Conseils et des tribunaux suprêmes, tous ont discuté jusqu’às’abîmer la voix, car ils ont sur la table l’ultimatum de Murat que l’incidentde la veille a mis hors de lui : s’il n’obtient pas la collaboration de laJunte, dit-il, il en prendra lui-même le commandement, car il a les forcessuffisantes pour traiter l’Espagne en pays conquis.

— Ce n’est pas toujours lenombre qui l’emporte, suggérait, au petit matin, le procureur Manuel TorresCónsul. Souvenez-vous qu’Alexandre mit trois cent mille Perses en déroute avecvingt mille Macédoniens. Vous connaissez l’adage : Audaces fortunajuvat, et tout le reste.

À ce sursaut patriotique de TorresCónsul, d’une énergie insolite à une telle heure, plusieurs conseillers quisomnolaient sur leurs sièges ont relevé la tête. Surtout ceux qui comprennentle latin.

— Oui, bien entendu, a répondule gouverneur du Conseil, Arias Mon, résumant le sentiment général. Et lequeld’entre nous est Alexandre ?

Tous se sont tournés vers leministre de la Guerre, qui, indifférent à tout, comme s’il n’entendait pas laconversation, allumait un cigare de Cuba.

— Qu’en pensez-vous,O’Farril ?

— Je pense que ce cigare tireaffreusement mal.

Voilà où ils en sont, maintenant quele jour est levé. Apeurés, indécis – depuis longtemps, ils signent leurstimides arrêtés et décrets « au nom du roi », sans spécifier s’il



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