s’agit de Charles IV ou de Ferdinand VII –, les membres de la Juntesont paralysés par l’absence d’informations. Les courriers de Bayonne ne sontpas arrivés, et les ministres et conseillers n’ont pas d’instructions du jeunemonarque, dont ils ignorent s’il reste là-bas de son plein gré ou retenuprisonnier par l’Empereur. Mais un point est clair : l’ombre du changementde dynastie plane sur l’Espagne. Le peuple offensé rugit, et les troupes del’Empire se renforcent et redoublent d’arrogance. Après s’être emparé de lafamille royale et de Godoy, Murat prétend agir de même – et, en cet instantprécis, la chose est en cours d’exécution – avec la reine veuve d’Étrurie etl’infant don Francisco de Paula, âgé seulement de quatorze ans. La reined’Étrurie est une amie de la France, et elle part de bon cœur ; mais pourle petit infant, c’est une autre affaire. Quoi qu’il en soit, après avoirrésisté avec une certaine décence à ce dernier diktat, la Junte a dû s’inclinerdevant Murat en acceptant l’inévitable. Avec les troupes espagnoles éloignéesde la capitale, la maigre garnison enfermée dans ses casernes et sans moyens,la seule force qui peut faire barrage à de tels desseins est un soulèvementpopulaire. Mais, de l’avis de ceux qui sont réunis ici, cela justifierait labrutalité française en donnant au lieutenant de Napoléon un prétexte pourécraser Madrid par une facile victoire, en le mettant à sac et en le réduisanten esclavage.

— La seule solution est d’êtrepatients, déclare finalement, prudent comme toujours, le général O’Farril. Nousne pouvons rien faire d’autre que calmer les esprits, nous prémunir contrel’impatience du peuple et la contenir, au besoin avec nos propres forces.

En entendant cela, le ministre de laMarine, Gil de Lemus, se redresse dans son fauteuil.

— De quoi parlez-vous ?

— De nos troupes, monsieur. Jene sais si je suis assez clair.

— Vous ne l’êtes que trop, jele crains.



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