ont vite dégénéré en vols, exactions diverses, viols, profanations d’églises,sans oublier le fameux assassinat du commerçant Manuel Vidal dans la rue duCandil par le général prince de Salm-Isembourg et deux de ses aides de camp. Enréponse, la lutte sourde des navajas contre les baïonnettes s’avère impossibleà arrêter : tavernes, quartiers populaires et maisons de prostitutionfréquentés par les soldats français, avec leur dangereux mélange de femmes, deruffians, d’eau-de-vie et de coups de couteaux, sont devenus des foyers d’affrontements ;mais des endroits respectables de la capitale, eux aussi, se réveillent avecdes Français égorgés pour avoir outragé la fille, la sœur, la nièce ou lapetite-fille d’un habitant. Sans oublier les présumés déserteurs, déclaréscomme tels par l’état-major impérial, en réalité disparus au fond d’un puits oudiscrètement enterrés dans une cour ou une cave. Le registre de l’Hôpitalgénéral, pour ne pas compter les autres établissements de la ville, suffit àdonner un état de la situation : le 25 mars, on y relève le cas d’unmamelouk de la Garde impériale, blessé, d’un artilleur de la Garde, mort, etd’un soldat du bataillon de Westphalie, décédé peu après son admission. Lesjours suivants, deux Français agressés et trois morts, l’un d’eux par balle. Etentre le 29 mars et le 4 avril, y est consignée la mort de trois soldats de laGarde, d’un soldat du bataillon d’Irlande, de deux grenadiers et d’unartilleur. Depuis, le nombre des militaires impériaux amenés blessés ou morts àl’Hôpital général se monte à quarante-cinq, et, pour tout Madrid, à centsoixante-quatorze. Les victimes espagnoles ne manquent pas non plus. Lacommission militaire franco-espagnole chargée de contrôler ces incidentscomprend, outre le général Sexti, le général de division EmmanuelGrouchy ; mais Sexti a tendance à s’effacer devant son collègue français,avec ce résultat que presque tous les conflits provoqués par des Françaisdemeurent impunis. En revanche, dans des affaires comme celle du curé deCarabanchel, don Andrés López, qui, il y a quatre jours, a tué d’une balle uncapitaine français nommé Michel Moté, non seulement la Justice est rigoureuse,mais les soldats impériaux l’exercent eux-mêmes, en pillant, comme en cetteoccasion, la demeure du prêtre homicide et en maltraitant les domestiques etles voisins.



21 из 319