
Quoi qu’il en soit, convaincue deson impuissance, la Junte militaire qui, nominalement, gouverne encorel’Espagne en ce matin du lundi 2 mai a pris, passant outre l’avis de sesmembres les plus pusillanimes, une décision qui manifeste un certain courage etsauve pour l’Histoire quelques bribes de son honneur. En même temps qu’ellecède devant l’ultimatum du grand-duc de Berg, exigeant le transfert à Bayonnedes derniers membres de la famille royale espagnole, et qu’elle donne l’ordreaux troupes de demeurer dans leurs casernes sans leur permettre de « sejoindre à la population », elle institue, sur proposition du ministre dela Marine, une nouvelle Junte en dehors de Madrid, en prévision du cas oul’actuelle « se trouverait privée de liberté dans l’exercice de sesfonctions ». Et cette Junte, composée exclusivement de militaires, reçoittous pouvoirs pour s’établir librement là où cela lui sera possible, enprécisant toutefois que le lieu de réunion recommandé est une ville espagnoleencore libre de troupes françaises : Saragosse.
Sur le chemin qui le mène à laPuerta del Sol, don Ignacio Pérez Hernández, prêtre de la paroisse deFuencarral, croise, en descendant la rue Montera, une estafette impériale. LeFrançais, un chasseur à cheval, semble pressé et s’éloigne au galop vers lehaut de la rue sans se soucier des vendeurs en train d’installer leurs étalssur le carreau de San Luis, qu’il manque de renverser. Cris et insultes fusentà son passage, mais don Ignacio ne desserre pas les dents, ce qui n’empêche pasde laisser vrillés ses yeux noirs et vifs – il a vingt-sept ans – sur le
