L’étonnant talent de mon ami pour se déguiser m’était connu, mais je dus le regarder à trois reprises avant d’être sûr que c’était bien lui. Il m’adressa un signe de tête et disparut dans sa chambre, d’où il ressortit cinq minutes plus tard, habillé comme à son ordinaire d’un respectable costume de tweed. Il plongea les mains dans ses poches, allongea les jambes devant le feu, et partit d’un joyeux rire qui dura plusieurs minutes.


«Hé bien! ça alors! s’écria-t-il.»


Il suffoquait; il se reprit à rire, et il rit de si bon cœur qu’il dut s’étendre, à court de souffle, sur son canapé.


«Que se passe-t-il?


– C’est trop drôle! Je parie que vous ne devinerez jamais comment j’ai employé ma matinée ni ce que j’ai fini par faire.


– Je ne sais pas… Je suppose que vous avez surveillé les habitudes et peut- être la maison de Mlle Irène Adler.


– C’est vrai! Mais la suite n’a pas été banale. Je vais tout vous raconter. Ce matin, j’ai quitté la maison un peu après huit heures, déguisé en valet d’écurie cherchant de l’embauche. Car entre les hommes de chevaux il existe une merveilleuse sympathie, presque une franc-maçonnerie: si vous êtes l’un des leurs, vous saurez en un tournemain tout ce que vous désirez savoir. J’ai trouvé de bonne heure Briony Lodge. Cette villa est un bijou: situé juste sur la route avec un jardin derrière; deux étages; une énorme serrure à la porte; un grand salon à droite, bien meublé, avec de longues fenêtres descendant presque jusqu’au plancher et pourvues de ces absurdes fermetures anglaises qu’un enfant pourrait ouvrir. Derrière, rien de remarquable, sinon une fenêtre du couloir qui peut être atteinte du toit de la remise. J’ai fait le tour de la maison, je l’ai examinée sous tous les angles, sans pouvoir noter autre chose d’intéressant.



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