
– Quoi, au sujet d’Irène Adler? demandai-je
– Oh! elle a fait tourner toutes les têtes des hommes de là-bas! C’est la plus exquise des créatures de cette terre: elle vit paisiblement, chante à des concerts, sort en voiture chaque jour à cinq heures, pour rentrer dîner à sept heures précises, rarement à d’autres heures, sauf lorsqu’elle chante. Ne reçoit qu’un visiteur masculin, mais le reçoit souvent. Un beau brun, bien fait, élégant; il ne vient jamais moins d’une fois par jour, et plutôt deux. C’est un M. Godfrey Norton, membre du barreau. Voyez l’avantage qu’il y a d’avoir des cochers dans sa confidence! Tous ceux-là le connaissaient pour l’avoir ramené chacun une douzaine de fois de Serpentine Avenue. Quand ils eurent vidé leur sac, je fis les cent pas du côté de la villa tout en élaborant mon plan de campagne.
«Ce Godfrey Norton était assurément un personnage d’importance dans notre affaire: un homme de loi! Cela s’annonçait mal. Quelle était la nature de ses relations avec Irène Adler, et pourquoi la visitait-il si souvent? Était-elle sa cliente, son amie, ou sa maîtresse? En tant que cliente, elle lui avait sans doute confié la photographie pour qu’il la garde. En tant que maîtresse, c’était moins vraisemblable. De la réponse à cette question dépendait mon plan: continuerais-je à travailler à Briony Lodge? Ou m’occuperais-je plutôt de l’appartement que ce monsieur possédait dans le quartier des avocats?… Je crains de vous ennuyer avec ces détails, mais il faut bien que je vous expose toutes mes petites difficultés si vous voulez vous faire une idée exacte de la situation.
