Il n’étudiait pas la médecine. Lui-même, en réponse à une question, m’avait confirmé l’opinion de Stamford à ce sujet. Il semblait n’avoir suivi aucune série de cours qui fussent de nature à lui valoir un diplôme dans une science quelconque ou à lui ouvrir l’accès des milieux scientifiques. Et pourtant son zèle pour certaines études était remarquable, et, dans certaines limites, ses connaissances étaient si extraordinairement vastes et minutieuses que ses observations m’ont bel et bien étonné. À coup sûr, nul homme ne voudrait travailler avec tant d’acharnement pour acquérir des informations si précises, s’il n’avait en vue un but bien défini. Les gens qui s’instruisent à bâtons rompus se font rarement remarquer par l’exactitude de leur savoir. Personne ne s’encombre l’esprit de petites choses sans avoir à cela de bonnes raisons.


Son ignorance était aussi remarquable que sa science. De la littérature contemporaine, de la philosophie, de la politique, il paraissait ne savoir presque rien. Un jour que je citais Carlyle, il me demanda de la façon la plus candide qui ça pouvait être et ce qu’il avait fait. Ma surprise fut à son comble, pourtant, quand je découvris qu’il ignorait la théorie de Copernic et la composition du système solaire. Qu’un être humain civilisé, au dix-neuvième siècle, ne sût pas que la terre tournait autour du soleil me parut être une chose si extraordinaire que je pouvais à peine le croire.


– Vous paraissez étonné, me dit-il, en soupirant de ma stupéfaction. Mais, maintenant que je le sais, je ferai de mon mieux pour l’oublier.


– Pour l’oublier!



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