
– Avez-vous lu les ouvrages de Gaboriau? Lecoq approche-t-il de votre idée d’un détective?
Sherlock Holmes eut un mouvement ironique.
– Lecoq, dit-il d’un ton irrité, Lecoq était un gaffeur. Il n’avait qu’une chose en sa faveur: son énergie. Ce livre m’a positivement rendu malade. Il s’agissait d’identifier un prisonnier inconnu. Je l’aurais fait, moi, en vingt-quatre heures. Lecoq y a mis un mois ou presque. Cet ouvrage pourrait constituer à l’usage des détectives un livre élémentaire destiné à leur apprendre ce qu’il faut éviter.
Je ressentais quelque indignation de voir ainsi maltraiter deux personnages que j’avais admirés. Je m’avançai jusqu’à la fenêtre et restai là à regarder la rue affairée, en pensant: «Ce garçon-là est peut-être très fort, mais il est certainement très fat.»
Il n’y a pas de crimes et il n’y a pas de criminels de nos jours, dit-il d’un ton de regret. À quoi cela sert-il d’avoir un cerveau dans notre profession? Je sais bien que j’ai en moi ce qu’il faut pour que mon nom devienne célèbre. Il n’y a aucun homme, il n’y en a jamais eu qui ait apporté une telle somme d’étude et de talent naturel à la déduction du crime. Et quel en est le résultat? Il n’y a pas de crimes à découvrir; tout au plus quelque maladroite crapulerie ayant des motifs si transparents que même un agent de Scotland Yard y voit clair tout de suite.
Sa manière prétentieuse continuait de m’ennuyer; je crus qu’il valait mieux changer le sujet de la conversation.
– Je me demande ce que cherche ce type là-bas, demandai-je, désignant un grand individu habillé simplement qui suivait l’autre côté de la rue, en examinant anxieusement les numéros.
Il tenait à la main une grande enveloppe bleue et, de toute évidence, portait un message.
– Vous parlez de ce sergent d’infanterie de marine? dit Sherlock Holmes.
