
«Prétention et vantardise! pensai-je à part moi. Il sait bien que je ne peux vérifier ce qu’il prétend deviner.»
Cette pensée m’avait à peine passé par la tête que l’homme que nous regardions, apercevant le numéro de notre maison, traversa la rue en courant. Nous entendîmes frapper bruyamment à la porte d’entrée, puis une grosse voix, et enfin des pas lourds qui montaient l’escalier.
– Pour M. Sherlock Holmes, dit-il en entrant dans notre studio et en tendant la lettre à mon ami.
Une occasion se présentait de rabattre un peu la vanité de Holmes qui ne la prévoyait guère tout à l’heure, quand il se livrait à ses conjectures hasardeuses.
– Puis-je vous demander, mon brave, dis-je doucement, quel est votre métier?
– Commissionnaire, monsieur, dit-il d’une voix brusque. Mon uniforme est en réparation.
– Et qu’est-ce que vous faisiez avant?
Ce disant, je regardais malicieusement mon compagnon.
– Sergent, monsieur, dans l’infanterie de marine. Pas de réponse, monsieur? Parfait.
Il fit claquer ses talons l’un contre l’autre, leva la main pour nous saluer et disparut.
Chapitre III Le mystère de Lauriston Gardens
Cette preuve toute fraîche que les théories de mon compagnon étaient applicables m’ébranla. Du même coup, crût mon respect pour sa puissance d’analyse. Toutefois, je me demandais encore si tout cela n’avait pas été préparé pour m’éblouir; mais quel intérêt aurait eu Sherlock Holmes à m’en imposer de la sorte? Je le regardai; il avait fini de lire la lettre et ses yeux avaient pris une expression vague, terne, qui marquait chez lui la préoccupation.
«Comment diable avez-vous pu deviner cela? demandai-je.
– Deviner quoi? fit-il sans aménité.
– Eh bien, qu’il était un sergent de marine en retraite?
