
– Je n’ai pas de temps à perdre en bagatelles! répondit-il avec brusquerie avant d’ajouter dans un sourire: excusez ma rudesse! Vous avez rompu le fil de mes pensées. Mais c’est peut-être aussi bien. Ainsi donc vous ne voyiez pas que cet homme était un sergent de marine?
– Non, certainement pas!
– Décidément, l’explication de ma méthode me coûte plus que son application! Si l’on vous demandait de prouver que deux et deux font quatre, vous seriez peut-être embarrassé; et cependant, vous êtes sûr qu’il en est ainsi. Malgré la largeur de la rue, j’avais pu voir une grosse ancre bleue tatouée sur le dos de la main du gaillard. Cela sentait la mer. Il avait la démarche militaire et les favoris réglementaires; c’était, à n’en pas douter, un marin. Il avait un certain air de commandement et d’importance. Rappelez-vous son port de tête et le balancement de sa canne! En outre, son visage annonçait un homme d’âge moyen, sérieux, respectable. Tous ces détails m’ont amené à penser qu’il était sergent.
– C’est merveilleux! m’écriai-je.
– Peuh! L’enfance de l’art! dit Holmes, mais d’un air qui me parut trahir sa satisfaction devant ma surprise et mon admiration manifestes. Tout à l’heure, j’ai dit qu’il n’y avait plus de criminels. J’avais tort, à ce qu’il paraît. Voyez plutôt.»
Il me lança la lettre apportée par le commissionnaire.
«C’est épouvantable! m’écriai-je après avoir parcouru quelques lignes.
– Voilà qui semble, en effet sortir de l’ordinaire, dit-il avec sang-froid. Auriez-vous l’obligeance de me la relire à haute voix?
Voici la lettre:
«Cher Monsieur Sherlock Holmes,
«Il y a eu une triste affaire au numéro trois de Lauriston Gardens, qui aboutit à Brixton Road. Vers deux heures du matin, notre agent de service vit une lumière dans la maison; ce fait éveilla ses soupçons, car il s’agit d’une maison inhabitée.
