
Toutes les déjections, toutes les ordures s’y étaient engouffrées d’un coup. Seules demeuraient quelques traces d’humidité qui s’évaporaient en sifflant sur les flancs de la brèche ; la vapeur produite s’enroulant autour d’une silhouette qui, dressée dans l’ouverture, masquait en grande partie la clarté radieuse du dehors, où régnait l’air libre de Sorpen. Elle mesurait trois mètres de haut et évoquait vaguement un petit cuirassé spatial posé sur un trépied à montants épais. Le casque seul semblait assez volumineux pour contenir trois têtes humaines juxtaposées. Horza aperçut, tenu presque nonchalamment par une main gigantesque, un canon à plasma qu’il aurait eu peine à soulever à deux bras ; l’autre poing de la créature était refermé sur une arme de taille légèrement supérieure. Derrière l’apparition approchait une plate-forme à canons idirane, brillamment éclairée par les explosions dont Horza sentait à présent les vibrations dans l’acier et la pierre qui le retenaient prisonnier. Il leva la tête vers le visage du géant debout dans la brèche et s’efforça de sourire.
— Eh bien dites donc, coassa-t-il avant de se mettre à crachoter puis expectorer franchement, vous y avez mis le temps !
2. La Main de Dieu 137
À l’extérieur du palais, dans l’air glacial de cet après-midi hivernal, le ciel limpide semblait empli de neige étincelante.
Horza marqua un temps d’arrêt sur la passerelle de la navette de guerre et regarda vers le ciel, puis tout autour de lui. Les hautes murailles verticales et les tours élancées du palais-prison répercutaient les déflagrations assorties d’éclairs des incessants tirs incendiaires, tandis que les plates-formes à canons idiranes allaient et venaient en faisant sporadiquement feu. De part et d’autre des engins s’arrondissaient, portés par la brise fraîchissante, de vastes nuages de débris arrachés aux toits du palais par les mortiers antilaser. Une rafale de vent poussa quelques fines feuilles de métal voletantes, oscillantes, vers la navette stationnaire, et le corps détrempé et gluant de Horza fut tout à coup recouvert, sur tout un côté, d’une seconde peau réfléchissante.