
Par la suite, le vaisseau fit son possible pour éviter les affrontements ; il croisait au large des couloirs spatiaux probables empruntés par l’ennemi, et considérait toute trace extérieure – quel que soit le vaisseau émetteur – comme un signe irréfutable de présence hostile. Ce faisant, il enchaînait zigzags, piqués, détours, ascensions et plongeons en poursuivant sa trajectoire spiralée aussi vite et aussi droit que possible, traversait de haut en bas le bras de galaxie qui l’avait vu naître, fonçait vers les confins de ce prodigieux isthme et vers l’espace relativement vide qui s’étendait au-delà. De l’autre côté, à la lisière du bras suivant, il trouverait peut-être la sécurité.
Au moment même d’atteindre cette première frontière, où les étoiles s’épanouissaient en falaise scintillante au flanc du vide, il se fit prendre.
Une flotte d’appareils ennemis dont la trajectoire vint à côtoyer par hasard celle du vaisseau fuyard détecta son enveloppe d’émissions bruyantes et désordonnées, et l’intercepta. Il tomba tout droit dans leur filet et fut rapidement débordé. Sous-armé, lent et vulnérable, il sut instantanément qu’il n’avait aucune chance d’infliger la moindre perte à l’adversaire.
Alors il s’autodétruisit. Il mit à feu son stock d’ogives en une soudaine décharge d’énergie qui, le temps d’une seconde et dans l’hyperespace seulement, surpassa en éclat la naine jaune qui évoluait au centre de son système, à quelque distance de là.
Peu avant que le vaisseau proprement dit n’explose et ne se transforme en plasma, la plupart des ogives amorcées disposées en ordre tout autour de lui formèrent une sphère de radiations qui prit de l’expansion et rendit impossible toute velléité de fuite. Sur la fraction de seconde qu’occupa en tout et pour tout l’affrontement, il y eut, vers la fin, quelques millionièmes de seconde pendant lesquels les ordinateurs de guerre de la flotte ennemie analysèrent brièvement le labyrinthe quadridimensionnel du rayonnement en pleine dilatation et notèrent une configuration exceptionnellement complexe et improbable des capsules concentriques d’énergie éruptive qui s’ouvraient comme les pétales d’une immense fleur entre les systèmes stellaires. Mais comment un Mental de cuirassé modeste, et de surcroît archaïque, aurait-il pu préparer, engendrer et appliquer pareil processus ?
