plus folle encore qu’à son arrivée à Villete. Néanmoins, après avoir retrouvé ses esprits, elle s’était mise à lire tout ce qu’elle trouvait sur ces deux sujets : le choc insulinique et l’étrange sensation de flotter dans l’espace. Il n’y avait pas grand-chose concernant le traitement : appliqué pour la première fois aux environs de 1930, il avait été complètement banni des hôpitaux psychiatriques parce qu’il risquait de causer aux patients des dommages irréversibles. Une fois, durant une séance de choc, son corps astral avait visité le bureau du Dr Igor précisément au moment où celui-ci abordait la question avec certains des patrons de l’asile. « Ce traitement est un crime ! disait-il.

– Mais il est moins onéreux et plus rapide ! avait rétorqué un des actionnaires. D’ailleurs, qui s’intéresse aux droits du fou ? Personne ne portera plainte ! »

Et pourtant, certains médecins considéraient encore cette méthode comme un moyen rapide de traiter la dépression. Zedka avait cherché, et demandé à emprunter, toutes sortes de textes traitant du choc insulinique, surtout des récits de patients qui l’avaient subi. L’histoire était toujours la même : des horreurs et encore des horreurs, mais aucun d’eux n’avait connu une expérience ressemblant de près ou de loin à ce qu’elle vivait alors.

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Elle en avait conclu – avec raison – qu’il n’y avait aucune relation entre l’insuline et la sensation que sa conscience sortait de son corps. Bien au contraire, ce genre de traitement avait tendance à diminuer les facultés mentales du patient.

Elle entreprit donc des recherches sur l’existence de l’âme, parcourut quelques ouvrages d’occultisme, puis, un jour, elle découvrit une abondante littérature qui décrivait exactement ce qu’elle était en train de vivre : cela s’appelait le « voyage astral », et beaucoup de gens en avaient fait l’expérience. Certains avaient décidé

de décrire leurs sensations, d’autres étaient même parvenus à développer des techniques permettant de provoquer cet état particulier. Zedka connaissait maintenant ces techniques par cœur, et elle les utilisait toutes les nuits pour se rendre où elle voulait.



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