
Les récits de ces expériences et de ces visions variaient, mais tous évoquaient le bruit étrange et irritant qui précède la séparation du corps et de l’esprit, suivi d’un choc et d’une rapide perte de conscience, et bientôt la paix et la joie de flotter dans l’air, retenu à son corps par un cordon argenté. Un cordon qui pouvait s’étendre à
l’infini, même s’il courait des légendes (dans les livres, bien entendu) selon lesquelles la personne 79
mourrait si elle laissait ce fil d’argent se rompre. Mais son expérience avait montré à Zedka qu’elle pouvait aller aussi loin qu’elle le désirait, et que le cordon ne cassait jamais. D’une manière générale, les livres lui avaient été très utiles pour profiter au maximum du voyage astral. Elle avait appris, par exemple, que lorsqu’elle voulait se déplacer d’un endroit à
l’autre, elle n’avait qu’à désirer se projeter dans l’espace en se représentant l’endroit où elle voulait se rendre. Contrairement au déplacement d’un avion – qui parcourt une certaine distance entre son point de départ et son point d’arrivée –, le voyage astral passait par de mystérieux tunnels. On imaginait donc un endroit, on entrait dans ce tunnel à une vitesse extraordinaire, et le lieu désiré apparaissait.
C’est aussi grâce à ses lectures que Zedka avait cessé de craindre les créatures de l’espace. Aujourd’hui il n’y avait personne dans l’infirmerie, mais à son premier voyage, elle avait rencontré des êtres qui la regardaient et s’amusaient de son air étonné.
Sa première réaction avait été de penser que c’étaient des morts, des fantômes qui habitaient l’endroit. Plus tard, elle se rendit compte que, même si certains esprits désincarnés erraient dans les lieux, il y avait parmi eux beaucoup de 80
