Bientôt, elle serait de retour chez elle, auprès de ses enfants et de son mari ; et cet aspect de la vie avait aussi son charme. Elle aurait certainement du mal à trouver du travail – finalement, dans une ville comme Ljubljana, les nouvelles vont vite, et bien des gens étaient au courant de son internement à Villete. Mais son mari gagnait suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de la famille, et elle pourrait profiter de son temps libre pour continuer ses voyages astraux sans la dangereuse influence de l’insuline.

La seule chose qu’elle ne voulait plus jamais revivre, et qui avait causé sa venue à Villete, était la dépression.

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Selon certains médecins, la sérotonine, une substance découverte récemment, était en partie responsable de l’état d’esprit de l’être humain. Le manque de sérotonine influait sur la capacité à se concentrer, dormir, manger et jouir des bons moments de l’existence. L’absence totale de cette substance engendrait désespoir, pessimisme, sentiment d’inutilité, fatigue excessive, anxiété, difficulté à prendre des décisions, et l’on finissait par plonger dans une tristesse permanente conduisant à l’apathie totale, voire au suicide. D’autres médecins, moins novateurs, affirmaient que la dépression était provoquée par des changements radicaux dans la vie d’un individu

– par exemple l’exil, la perte d’un être cher, un divorce, des contraintes professionnelles ou familiales accrues. Certaines études modernes, se fondant sur la comparaison du nombre d’internements en hiver et en été, indiquaient qu’un ensoleillement plus faible pouvait constituer l’un des facteurs de la dépression.

Mais, dans le cas de Zedka, la raison était plus simple que tous ne le supposaient : un homme caché dans son passé. Ou plutôt, le fantasme qu’elle avait créé autour d’un homme qu’elle avait connu voilà fort longtemps.



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