
Je crois qu’il gronde
Contre le Mazarin.
Un vent de Fronde
S’est levé ce matin!
– L’insolent! murmura Guitaut.
– Monseigneur, dit Comminges, que sa blessure avait mis de mauvaise humeur et qui ne demandait qu’à prendre une revanche et à rendre plaie pour bosse, voulez-vous que j’envoie à ce drôle-là une balle pour lui apprendre à ne pas chanter si faux une autre fois?
Et il mit la main aux fontes du cheval de son oncle.
– Non pas, non pas! s’écria Mazarin. Diavolo! mon cher ami, vous allez tout gâter; les choses vont à merveille, au contraire! Je connais vos Français comme si je les avais faits depuis le premier jusqu’au dernier: ils chantent, ils payeront. Pendant la Ligue, dont parlait Guitaut tout à l’heure, on ne chantait que la messe, aussi tout allait fort mal. Viens, Guitaut, viens, et allons voir si l’on fait aussi bonne garde aux Quinze-Vingts qu’à la barrière des Sergents.
Et, saluant Comminges de la main, il rejoignit d’Artagnan, qui reprit la tête de sa petite troupe suivi immédiatement par Guitaut et le cardinal, lesquels étaient suivis à leur tour du reste de l’escorte.
– C’est juste, murmura Comminges en le regardant s’éloigner, j’oubliais que, pourvu qu’on paye, c’est tout ce qu’il lui faut, à lui.
On reprit la rue Saint-Honoré en déplaçant toujours des groupes; dans ces groupes, on ne parlait que des édits du jour; on plaignait le jeune roi qui ruinait ainsi son peuple sans le savoir; on jetait toute la faute sur Mazarin; on parlait de s’adresser au duc d’Orléans et à M. le Prince; on exaltait Blancmesnil et Broussel.
D’Artagnan passait au milieu de ces groupes, insoucieux comme si lui et son cheval eussent été de fer; Mazarin et Guitaut causaient tout bas; les mousquetaires, qui avaient fini par reconnaître le cardinal, suivaient en silence.
On arriva à la rue Saint-Thomas-du-Louvre, où était le poste des Quinze-Vingts; Guitaut appela un officier subalterne, qui vint rendre compte.
