
– Eh bien! demanda Guitaut.
– Ah! mon capitaine, dit l’officier, tout va bien de ce côté, si ce n’est, je crois, qu’il se passe quelque chose dans cet hôtel.
Et il montrait de la main un magnifique hôtel situé juste sur l’emplacement où fut depuis le Vaudeville.
– Dans cet hôtel, dit Guitaut, mais c’est l’hôtel de Rambouillet.
– Je ne sais pas si c’est l’hôtel de Rambouillet, reprit l’officier, mais ce que je sais, c’est que j’y ai vu entrer force gens de mauvaise mine.
– Bah! dit Guitaut en éclatant de rire, ce sont des poètes.
– Eh bien, Guitaut! dit Mazarin, veux-tu bien ne pas parler avec une pareille irrévérence de ces messieurs! tu ne sais pas que j’ai été poète aussi dans ma jeunesse et que je faisais des vers dans le genre de ceux de M. de Benserade.
– Vous, Monseigneur?
– Oui, moi. Veux-tu que je t’en dise?
– Cela m’est égal, Monseigneur! Je n’entends pas l’italien.
– Oui, mais tu entends le français, n’est-ce pas, mon bon et brave Guitaut, reprit Mazarin en lui posant amicalement la main sur l’épaule, et, quelque ordre qu’on te donne dans cette langue, tu l’exécuteras?
– Sans doute, Monseigneur, comme je l’ai déjà fait, pourvu qu’il me vienne de la reine.
– Ah oui! dit Mazarin en se pinçant les lèvres, je sais que tu lui es entièrement dévoué.
– Je suis capitaine de ses gardes depuis plus de vingt ans.
– En route, monsieur d’Artagnan, reprit le cardinal, tout va bien de ce côté.
D’Artagnan reprit la tête de la colonne sans souffler un mot et avec cette obéissance passive qui fait le caractère du vieux soldat.
Il s’achemina vers la butte Saint-Roch, où était le troisième poste, en passant par la rue Richelieu et la rue Villedo. C’était le plus isolé, car il touchait presque aux remparts, et la ville était peu peuplée de ce côté-là.
