
Et il retomba dans sa rêverie.
En effet, la position était difficile, et la journée qui venait de s’écouler l’avait compliquée encore. Mazarin, toujours éperonné par sa sordide avarice, écrasait le peuple d’impôts, et ce peuple, à qui il ne restait que l’âme, comme le disait l’avocat général Talon, et encore parce qu’on ne pouvait vendre son âme à l’encan, le peuple, à qui on essayait de faire prendre patience avec le bruit des victoires qu’on remportait, et qui trouvait que les lauriers n’étaient pas viande dont il pût se nourrir, le peuple depuis longtemps avait commencé à murmurer.
Mais ce n’était pas tout; car lorsqu’il n’y a que le peuple qui murmure, séparée qu’elle en est par la bourgeoisie et les gentilshommes, la cour ne l’entend pas; mais Mazarin avait eu l’imprudence de s’attaquer aux magistrats! il avait vendu douze brevets de maître des requêtes, et, comme les officiers payaient leurs charges fort cher, et que l’adjonction de ces douze nouveaux confrères devait en faire baisser le prix, les anciens s’étaient réunis, avaient juré sur les Évangiles de ne point souffrir cette augmentation et de résister à toutes les persécutions de la cour, se promettant les uns aux autres qu’au cas où l’un d’eux, par cette rébellion, perdrait sa charge, ils se cotiseraient pour lui en rembourser le prix.
Or, voici ce qui était arrivé de ces deux côtés:
Le 7 de janvier, sept à huit cents marchands de Paris s’étaient assemblés et mutinés à propos d’une nouvelle taxe qu’on voulait imposer aux propriétaires de maisons, et ils avaient député dix d’entre eux pour parler au duc d’Orléans, qui, selon sa vieille habitude, faisait de la popularité.
