
De leur côté, le 9, les maîtres des requêtes étaient venus trouver le cardinal, et l’un d’eux, qui portait la parole pour tous les autres, lui avait parlé avec tant de fermeté et de hardiesse, que le cardinal en avait été tout étonné; aussi les avait-il renvoyés en disant comme le duc d’Orléans, que l’on verrait.
Alors, pour voir, on avait assemblé le conseil et l’on avait envoyé chercher le surintendant des finances d’Emery.
Ce d’Emery était fort détesté du peuple, d’abord parce qu’il était surintendant des finances, et que tout surintendant des finances doit être détesté; ensuite, il faut le dire, parce qu’il méritait quelque peu de l’être.
C’était le fils d’un banquier de Lyon qui s’appelait Particelli, et qui, ayant changé de nom à la suite de sa banqueroute, se faisait appeler d’Emery. Le cardinal de Richelieu, qui avait reconnu en lui un grand mérite financier, l’avait présenté au roi Louis XIII sous le nom de M. d’Emery, et voulant le faire nommer intendant des finances, il lui en disait grand bien.
– À merveille! avait répondu le roi, et je suis aise que vous me parliez de M. d’Emery pour cette place qui veut un honnête homme. On m’avait dit que vous poussiez ce coquin de Particelli, et j’avais peur que vous ne me forçassiez à le prendre.
– Sire! répondit le cardinal, que Votre Majesté se rassure, le Particelli dont elle parle a été pendu.
