En un temps où la notion de l'héroïsme tend à déserter l'armée, puisque les vertus viriles risquent de demeurer sans emploi dans les guerres de demain dont les chimistes nous invitent à pressentir la future horreur, n'est-ce pas dans l'aviation que nous voyons se déployer le plus admirablement et le plus utilement le courage? Ce qui serait témérité, cesse de l'être dans un service commandé. Le pilote, qui risque sans cesse sa vie, a quelque droit de sourire à l'idée que nous nous faisons d'ordinaire du «courage». Saint-Exupéry me permettra-t-il de citer une lettre de lui, déjà ancienne; elle remonte au temps où il survolait la Mauritanie pour assurer le service Casablanca-Dakar:


«Je ne sais quand je rentrerai, j'ai tant de travail depuis quelques mois: recherches de camarades perdus, dépannages d'avions tombés en territoires dissidents, et quelques courriers sur Dakar.


«Je viens de réussir un petit exploit: passé deux jours et deux nuits avec onze Maures et un mécanicien, pour sauver un avion. Alertes diverses et graves, pour la première fois, j'ai entendu siffler des balles sur ma tête. Je connais enfin ce que je suis dans cette ambiance-là: beaucoup plus calme que les Maures. Mais j'ai aussi compris, ce qui m'avait toujours étonné: pourquoi Platon (ou Aristote?) place le courage au dernier rang des vertus. Ce n'est pas fait de bien beaux sentiments: un peu de rage, un peu de vanité, beaucoup d'entêtement et un plaisir sportif vulgaire. Surtout l'exaltation de sa force physique, qui pourtant n'a rien à y voir. On croise les bras sur sa chemise ouverte et on respire bien. C'est plutôt agréable. Quand ça se produit la nuit, il s'y mêle le sentiment d'avoir fait une immense bêtise. Jamais plus je n'admirerai un homme qui ne serait que courageux.»



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