
C'est flatteur, mais plein d'une mauvaise humeur à peine déguisée. M'est avis que si je me lance à titre personnel sur cette affaire, les bâtons dans les roues vont pleuvoir dru.
Je prends un ton léger.
— Pas tant de salade ; c'est un simple petit tour d'horizon que le Vieux, curieux comme une belette, m'a demandé d'opérer. Vous avez du neuf sur ces deux meurtres ?
— Le Zéro et l'Infini ! fait Conrouge. Ah ! On ne s'est pas encore tiré les pinceaux de ces salades. C'est le genre de trucs où les idées d'avancement se cassent le nez !
— On va prendre un pot ? proposé-je. Je vous offre une tournée générale, valeureux confrères !
Ça les détend un brin et nous allons au café de la Grande Place qui se trouve dans une petite rue avoisinante. Scotch pour tout le monde. Le ci-devant adjudant Morbleut, dès sa seconde gorgée, se met à faire tartir l'assistance.
— Pas de problème dans cette affaire, mes jeunes amis, dit-il. Il faut mettre la ville en état de siège. Passer à tabac tous les habitants, maison par maison, sans négliger les enfants ni les vieillards, jusqu'à ce que quelqu'un passe aux aveux. Je vous jure que vous obtiendrez ce faisant un résultat rapide ! Allons, messieurs, le prestige de la police française est en cause. Nous nous devons de montrer au peuple qu'on ne peut tuer impunément ceux qui ont le courage de vouloir devenir nos édiles.
— Qui c'est ce vieux c… ? demande un inspecteur en désignant Morbleut.
L'ex-juteux frémit. Je le calme.
— Une relation de vacances, m'excusé-je auprès de mes collègues. Mous sommes en pension dans la même gargote du voisinage.
— Et il te remplace Bérurier au pied levé, en somme ?
— Y a de ça.
Conrouge me tire par la manche.
— Dis voir, ton intervention officieuse, elle ne serait pas d'ordre purement privé par hasard ?
