— Tu as le petit doigt branché sur les grandes ondes, conviens-je. Tu sais que je suis comme les chiens de chasse : dès qu'il y a dû mystère quelque part je ne peux plus me tenir.

— Ah bon, soupire le principal. Eh bien, mon gars, fouinasse à ta guise et si tu as du nouveau, fais-m'en part ! Je ne serais pas fâché d'avoir ta collaboration occulte.

De bonne humeur qu'il est, Conrouge ! Il envisage sans déplaisir de bénéficier de mes cellules grises.

— Maintenant, résume-moi le topo, demandé-je.

On s'isole en bout de table et il me fait un petit digest.

Il y a sept jours exactement, au lendemain d'une réunion publique, le député communiste, le comte Gaétan de Martillet-Fauceau fut tiré du lit par la sonnerie du téléphone. Il se leva pour répondre ; son valet de chambre qui vaquait à ses besognes matinales l'entendit dire « Allô ». Puis il perçut plusieurs détonations qu'il prit pour le bruit d'échappement de quelque camion. Vingt minutes plus tard, il porta à son maître son petit déjeuner du matin. Petit déjeuner substantiel car le comte avait bon appétit : caviar, saumon fumé, poulet en gelée, confiture de rose, le tout arrosé d'une demi-bouteille de brut. Il fit dégringoler son plateau en découvrant Martillet-Fauceau gisant dans une mare de sang, sa main droite encore crispée sur le combiné. Il avait morflé trois balles dans le placard à gruyère. Toutes avaient atteint le cœur. Les coups de feu furent tirés à moins de cinquante centimètres de la victime, ce qui prouve clairement que le meurtrier était dans la pièce. Mais on ne releva aucune trace ou empreinte. Nul n'avait vu de personnage suspect dans les environs. On soupçonna le valet de chambre, seulement il se trouvait en compagnie de la cuisinière au moment des coups de feu.

Pour le second meurtre, celui du matin, il ne fait que me répéter ce que le facteur de Saint-Turluru m'a appris. Georges Monféal, le candidat U.N.R.



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